Sunday, July 21, 2024

La campagne “Curijambo” ouvre son atelier de forge

Dans la soirée de ce jeudi 18 juillet 2024, une trentaine de locuteurs-activistes de la langue Kirundi se sont retrouvés dans une petite salle du siège des “Éditions Gusoma” à Bujumbura pour s’atteler à la fabrique de quelques nouveaux mots en kirundi. Leur objectif pour la soirée était de réduire le déficit de cette langue dans le domaine de l’économie. La rencontre lançait aussi la campagne dénommée « Curijambo » ("Forge un mot"), qui projette d’étendre cet effort à six autres domaines socioéonomiques dépourvus de mots essentiels en kirundi, dont la santé, l’agriculture et l’élevage, l’éducation, les arts et les sports.

 Il sera difficile aux Éditions Gusoma de faire vivre et prospérer le livre en kirundi sans se mettre elles-mêmes à la forge de cette langue. Certes, elle est riche et exquise, comme en témoigne le dictionnaire Kirundi-Français du Père Firmin Rodegem, vieux de 54 ans ! Mais depuis l’infiltration du pays de Mwezi Gisabo par des marchands, des ethnographes et géographes, des Missionnaires d’Afrique, des troupes coloniales, des récepteurs radio, des ordinateurs, des smartphones, etc. il n’a cessé d’y entrer par flots ininterrompus des produits et des concepts étrangers aux Barundi. Ce flot a toujours dépassé la capacité disproportionnellement basse des artisans du kirundi à suivre le rythme et s'adapter. Ainsi, dans bien des situations, les Barundi se retrouvent littéralement fauchés en mots pour communiquer entre eux dans leur langue, avec précision, sans détours ni approximations. À force d’emprunts aux langues étrangères, le kirundi traîne à ce jour une dette énorme, accumulée sur plusieurs décennies d’inertie. Même l’Académie rundi, relancée à la rescousse du kirundi, est comme tétanisée par le déficit abyssal de la balance commerciale des langues.

 Corriger le déficit de cette balance promet d’être un travail de longue haleine. Toutefois, si ce jeudi 18 juillet, la campagne “Curijambo” a ouvert les portes de son atelier de forge, c’était d’abord pour répondre à la commande pressante de certaines professions – journalistes, accompagnateurs des communautés paysannes en développement, etc.  – quotidiennement en manque aigu de mots kirundi. 

Au bout de trois heures et demie de labeur sous la supervision de M. Ferdinand Mberamihigo, linguiste et lexicologue, Professeur à l’Université du Burundi, officiant ce soir-là en contremaître, huits mots sont sortis de la forge :

  • “Igúrizo” pour “contrat de vente” ;
  • “Urugūsho” pour “avance (sur paiement) ;
  • “Ikirihiriro” pour “facture” ;
  • “Icěmezandíshi” pour “reçu (de paiement)” ;
  • “Umunyámugǎmbi” pour “entrepreneur”;
  • “Ubunyámugǎmbi” pour “entrepreneuriat” ;
  • “Umurānzi” pour “commissionnaire” ;
  • “ Ndandariza” pour “prescripteur”.

Si au final, la production de l’atelier de ce jeudi soir ne couvrit que deux cinquièmes du bon de  commande, long de 20 mots, il faut louer le résultat et en tirer des leçons. Les prochaines soirées d’ouvrage seront tenues à une plus grande productivité. Il faudra le concours d’érudits de la langue pour remonter,  de leurs puits de connaissances, des mots kirundi et forger de nouveaux mots ou mots-valises aux sens comparables ou proches, sinon les créer de bric et de broc. Le concours des praticiens de chaque secteur visité, comme le fut jeudi soir Chantal Ntima, coach et Directrice de la Maison de l’Entrepreneur, sera indispensable.

La campagne « Curijambo » et, plus généralement, la réduction des déficits de la langue Kirundi ne sont pas à assimiler aux  préoccupations d’un petit cercle de linguistes et activistes du Kirundi. Plus une langue est précise et diffusée, plus nombreux sont les citoyens qui accèdent à la faculté de mieux communiquer, mieux comprendre, s’épanouir, développer et avancer, cohabiter selon des règles justes et claires. Les principales carences de la langue kirundi s’amassent sur le terrain des sciences. Nommer en kirundi un Accident Vasculaire Cérébral (AVC), c’est faire reculer l’occultisme et ceux, nombreux, qui ignorent cette pathologie neurologique et cherchent des empoisonneurs à envoyer sur le bûcher. Mais au-delà, ces déficits de langue créent et creusent les écarts sociaux entre gens, là où la langue peut agir pour les combler.  

Les promoteurs de la campagne « Curijambo » savent que leurs ateliers de forge ne sont pas équipés pour la production industrielle qu’appelle le déficit de la balance commerciale des langues. Toutefois, leur contribution modeste a le mérite d’exister et boucher des trous. Et tant qu’à faire peu, le faire bien devient crucial, c’est-à-dire avec un peu plus de clarté et d’organisation dans les principes et la méthodologie suivis dans la forge des mots. On retiendra qu’il y en aura eu peu mais importants et méthodiquement forgés pour assurer qu’ils passent allégrement dans le langage courant et servent effectivement leurs causes sociales.


The “Curijambo” campaign opens its forge workshop

On the evening of Thursday, July 18, 2024, some thirty Kirundi language speakers and activists gathered in a small room at the headquarters of Gusoma publishing House in Bujumbura to coin some new words in Kirundi. Their objective for the evening was to reduce the deficit of this language in the economic domain. The meeting also launched the campaign called “Curijambo” (“Forge a word”), which plans to extend this effort to six other socio-economic domains lacking essential words in Kirundi, including health, agriculture and livestock, education, arts and sports.

It will be difficult for Gusoma publishing house to keep the Kirundi book alive and thriving without getting involved in the development of the Kirundi language itself. It is certainly rich and exquisite, as evidenced by the 54-year old Kirundi-French dictionary by Father Firmin Rodegem ! But ever since King Mwezi Gisabo's country was infiltrated by foreign merchants, ethnographers and geographers, Missionaries of Africa, colonial troops and flooded with unknow seeds, strange clothings, etc. Kirundi was left speechless ! This flood has always exceeded the disproportionately low capacity of Kirundi artisans and speakers to keep up and adapt. Thus, in many situations, the Barundi find themselves literally at a loss for words to communicate with each other in their language, precisely, without detours or approximations. Through borrowing from foreign languages, Kirundi today carries an enormous debt, accumulated over several decades of inertia. Even the Rundi Academy, revived to the rescue of Kirundi, is as if paralyzed by the abysmal deficit in the language trade balance.

Correcting the deficit in this balance promises to be a long-term task. However, if on Thursday, July 18, the “Curijambo” campaign opened the doors of its forge workshop, it was primarily to respond to the urgent demand of certain professions - journalists, guides of developing farming communities, etc. - who are in acute daily need of Kirundi words.

After three and a half hours of labor under the supervision of Mr. Ferdinand Mberamihigo, linguist and lexicologist, Professor at the University of Burundi, officiating that evening as foreman, eight words emerged from the forge:

  • ·       “Igúrizo“ for ‘sales contract’;
  • ·       “Urugūsho for advance (on payment);
  • ·       “Ikirihiriro“ for ‘invoice’;
  • ·       “Icěmezandíshi for receipt (of payment);
  • ·       “Umunyámugǎmbi for entrepreneur;
  • ·       “Ubunyámugǎmbi for entrepreneurship;
  • ·       “Umurānzi for commission agent;
  • ·       “Ndandariza” for “prescriber”.

Although in the end, the production of this Thursday evening workshop only covered two-fifths of the 20-word order form, one must praise the result and learn from it. The next work evenings will be held with a view to greater productivity. We will need the help of language experts to draw from their well of knowledge, Kirundi words and coin new words with similar or close meanings, or else create them from scraps and bric-a-brac. The help of practitioners from each sector visited, such as Chantal Ntima, coach and Director of the Maison de l'Entrepreneur, on Thursday evening, will be essential.

The “Curijambo” campaign and, more generally, the reduction of the deficits of the Kirundi language are not to be equated with the concerns of a small circle of Kirundi linguists and activists. The more precise and widespread a language is, the more citizens have access to the ability to communicate better, understand better, flourish, develop and progress, and live together according to fair and clear rules. The main shortcomings of the Kirundi language are concentrated in the field of science. Naming a stroke in Kirundi is a step backwards for occultism and for the many people who are unaware of this neurological pathology and are looking for poisoners to send to the stake. But beyond that, these language deficits create and widen the social gaps between people, where language can act to bridge them.

The promoters of the “Curijambo” campaign know that their forging workshops are not equipped for the industrial production required to address the deficit in the language trade balance. However, their modest contribution has the merit of existing and filling in the gaps. And since it will always be too little, all the more reason to do a good job : a little more clarity and organization in the principles and methodology followed in coining new words. We will remember that there will have been few but important words, methodically coined to ensure that they pass easily into everyday language and effectively serve their social causes.

Friday, March 11, 2022

Miganda, entre autobiographie et essai d’anthropologie culturelle

Miganda, entre autobiographie et essai d’anthropologie culturelle 

Au lendemain d’un café littéraire tenu à l’honneur du livre « Trésors du Burundi ancestral » de Perpétue Miganda, un lecteur saisonnier, Louis-Marie Nindorera, nous en livre une recension admiratrice


En 2017, cet ouvrage parut avec la discrétion et le détachement d’une jeune fille en mvutano qui se rendrait à une répétition de danse traditionnelle, en se frayant son chemin au milieu d’un rassemblement politique. Cette année-là, écrire sur la culture et les traditions rundi allait à rebours du climat d’alors, tendu et toxique.
Tout présageait plutôt la publication de brûlots politiques aussi fâchés, clivés et irraisonnés que les esprits du moment. Pour moi, acheter ce livre relevait donc plus d’un acte de résistance politico-culturelle, en revendiquant le droit de la culture rundi à exister et prospérer au-delà des contingences du moment. Le lire pour apprendre était secondaire.

Et de fait, je ne l’ai lu qu’il y a un mois, soit cinq ans après l’avoir acheté, prêté et perdu ! Ce fut pourtant un petit régal que de remonter les souvenirs de l’auteure.

De premier abord, par son titre racoleur, sa superbe jaquette et ses diverses illustrations, le livre a l’allure suspecte d’un produit de marketing touristique camouflé en essai d’anthropologie culturelle. À mon agréable surprise, ses premières pages découvrent un genre hybride, à la croisée de l’autobiographie et de l’essai d’anthropologie culturelle. Et l’un nourrit l’autre.
Le récit de vie de Perpétue n’aurait eu ni intérêt ni saveur particulière, sans éclairages sur le savoir et les croyances traditionnels qui la maintinrent en vie et façonnèrent sa personne. Quant aux faits d’anthropologie culturelle dont ce livre est émaillé, ils auraient eux-mêmes été ennuyeux à lire s’ils n’avaient habilement été moulus et dissous dans le récit de vie d’une famille, d’une communauté pour comprendre leur manière de se souder et ressouder à travers bonheurs et tragédies, par ces savoirs anciens et ces pratiques sociales qui avaient des fonctions et faisaient leur preuve.

Née en 1958 à Karambi (Mwaro), un petit coteau logé dans une « contrée de monts et vallées verdoyants », Perpétue est la dixième d’une fratrie qui, avant elle, avait déjà perdu cinq de ses membres, précocement. Elle vint au monde après trois naissances qui tournèrent court. Les deux premiers enfants d’Aloys Miganda et Elisa Baricako, ses parents, ne vécurent pas non plus.
Ainsi, les Burundais savaient assez des hauts et bas communs de leur vie pour convenir de règles essentielles de cohésion familiale et cohabitation communautaire pacifique et harmonieuse.
Plutôt que d’énoncer ces règles telle une charte, l’auteure les fait transparaître à travers une litanie de récits anecdotiques et prosaïques relatant le quotidien de sa famille et de sa communauté, sous la bienveillance légendaire prêtée au Prince Karabona et la toute-puissance protectrice de Dieu.

Les veillées familiales, les fêtes et leur protocole soigné, la méticuleuse préparation des mets et des boissons, l’union des familles du déchirement des départs à la visite des jeunes foyers, etc. tout y passe. C’est dans ces récits réels de vie que des mots, des adages, des chants, des contes sont expliqués, replacés dans leur contexte, redécouverts dans leurs sens originels. Mais tous ces récits auraient quand même formé un amas indigeste de savoirs si Perpétue n’avait pas « humanisé » son œuvre avec son art de décrire les divers sentiments des acteurs de son livre, entre tristesses, colères, détresse, incrédulités, orgueil, etc.
Au final, son travail partage une somme de connaissances qui s’appréciera et s’assimilera selon les besoins du moment de chacun. La quatrième et dernière partie du livre prend la tournure abrupte d’un plaidoyer mille fois légitime pour le retour à certaines valeurs d’antan.

Toutefois, cet épilogue fait contraste avec les trois premières parties du livre, par le changement radical du registre d’écriture et la construction quelque peu sommaire de son argumentaire.
Qu’à cela ne tienne, dans son propre style, Perpétue Miganda, avec ses « Trésors du Burundi ancien », s’ajoute à la lignée d’autres auteurs burundais, comme Joseph Cimpaye et Michel Kayoya qui écrivirent à la mémoire et au respect des valeurs rundi. A l’image de Kayoya qui fonda en 1963 un « centre culturel du Buyogoma », Perpétue Miganda a créé à Karambi, sur sa colline natale, un espace éco-culturel « Kwa Miganda » pour promouvoir ce retour aux sources qu’elle prône.

En soi, c’est rassurant de savoir qu’un demi-siècle plus tard, Kayoya, Ntahokaja et d’autres font toujours des émules. A n’en pas douter, Perpétue elle-même fera les siens, qui existent déjà dans sa propre progéniture !

Sunday, April 11, 2021

Maïtée, Sabrina

Les sourires de demain


Miss, Dismiss …

J'ai toujours été indifférent aux concours de Miss. J'en entends régulièrement parler mais chaque nouvelle édition est logée dans les neurones désactivées de mon cerveau, où elle végètera sans jamais le troubler. Les rares fois où il arrivait à mon esprit de cogiter sur ces "concours de beauté", c'était pour protester à l’idée que loin des feux de la rampe, il n’existe aucune arène, aucune chance de briller qui soit accordée à la beauté féminine sans fard, enfouie sous les crasses de la pauvreté, transfigurée par la fatigue et la violence. Sheja a raison : « Toutes-les-femmes-sont-belles ! »

L’appel de la colline

Sauf qu'à cette soirée de finale du concours Miss Burundi édition 2021, c'était bien moi qui, quatre heures et demie durant, resta vautré dans mon fauteuil, à suivre le gala. J’aurais bien voulu mettre ça sur le compte de la curiosité scientifique. Mais l’honnêteté consiste à dire qu’il s’agissait davantage de l’appel de la colline (agatumba) : Ange Maïtée Niteka, qui n’était encore qu’un bout d’humain quand je la connus, était de l’édition Miss Burundi 2021! Pendant neuf ans (2001-2009), mon ménage vécut à un jet de pierre de sa demeure familiale, à Kinanira III. Sa maman et sa grande sœur aimaient bien notre petite famille et nous le leur rendions avec le même plaisir. Quand Maïtée eut appris à mettre un pied devant l’autre, elle se mit à accompagner sa grande soeur, Béchou, une taciturne au cœur d'or, qui de temps en temps venait chez nous pour toujours en repartir, sans avoir pippé le moindre mot! Béchou n'ouvrait la bouche que pour fermer celle de Maïtée. 

Maïtée

Six jours avant la finale, mon premier acte de vote (par téléphone) à un concours de Miss, je l'avais donc accompli en faveur de Maïtée, sans hauteur philosophique ni objectivité, comme ces actes de fidélité à un club de foot que vous renouvelez depuis des temps immémoriaux sans plus vous souvenir pourquoi. 

Le grand soir de la finale venu, avec Titi, mon épouse, nous nous sommes affalés dans un sofa devant notre télévision, à attendre que l'organisation du concours daigne appeler Maïtée devant le jury, de préférence plus vite que n'arrive le sommeil chez un couple de pantouflards quinquagénaires. Quand elle finit par apparaître après deux heures et onze candidates, la soirée avait déjà eu assez de mini-drames pour me tenir éveillé, mais pas assez pour mon épouse qui somnolait depuis une demi-douzaine d'interviews de candidates. Mais Titi  recouvra l'essentiel de ses esprits pour écouter notre seule connaissance du lot des quinze jeunes nymphes. 

Maïtée fut époustouflante de confiance, de détermination, d'éloquence et de perspicacité. A 20 ans, elle ne fit aucun mystère de sa "passion" pour ... la politique (!), une sphère dont les jeunes sont de plus en plus nombreux à se détourner, par résignation, sécurité ou frilosité. Et pour en parler et proposer un projet dans ce champ, elle a choisi le thème du chômage des jeunes. Maïtée a partagé de courts et poignants récits de luttes de jeunes, qui survivent de petits emplois, bien en-deça de leurs qualifications universitaires. Son projet ? Une application de smartphone pour mettre à la disposition des jeunes une plateforme de rencontre entre des diverses offres du marché du travail et la demande d'emploi de ces jeunes. Leurs CV et leurs compétences seraient rendus accessibles sur la plateforme. Si mon application parvenait à donner un emploi à deux cents jeunes, conclut-elle, je serais comblée. De toute la soirée, c'était le seul projet, à ma connaissance, qui semblait conçue pour être portée par l'intérêt réciproque  que toutes les parties - employeur, employé - y trouveraient. 

La présentation et les échanges de chacune des quinze candidates avec le jury autour des projets qu'elles tenteraient de mener à bien pendant les douze mois de leur "règne" de miss, si elles étaient élues, n'étaient pas la seule épreuve notée du concours. Néanmoins, elle était assurément la plus révélatrice de leur perspicacité et de leur potentiel d'actrices de changement. J'ai eu vent qu'à chaque édition du concours, les candidates étaient regroupées et logées quelques jours ensemble, là où elles recoivent un coaching et des formations, notamment sur l'élaboration de projets. A une exception près, de surcroît notable, toutes les candidates de cette édition 2021 portaient des projets assez réfléchis et détaillés, mais souvent irréalistes et démesurés au vu du temps, des moyens et de la multitude des concours externes qu'ils requerraient. Maïtée n'a pas choisi le plus simple de tous mais un des plus abordables, avec le moins de contingences externes dont dépendre. Son énoncé et sa diction étaient aussi limpides que sa vision du projet.

Saba Sabrina

Le hasard voulut que coup sur coup, arrivent ce qui furent pour moi les deux plus belles performances de la soirée. Juste après Maïtée, le jury appela Saba Sabrina Nsabimana. Elle fut la seule à proposer un projet conçu pour financièrement s'auto-régénérer : des prisonniers formant des unités de production agricole insérées dans un circuit de commerce et générant des bénéfices pour se nourrir eux-mêmes et nourrir des enfants, libérés d'orphelinat. La matérialisation de ce projet poserait sans doute bien plus de problèmes que Sabrina n'en a exposés dans sa présentation théorique. Comme quelques autres candidates avant elles, son projet naît d’une expérience personnelle, son rôle précoce de mère de substitution, pour ses quatre petits frères. Saba Sabrina avait l’élocution aussi fluide que sa pensée. A la fin, le jury s’est peut-être perdu, comme moi, à se demander si c’est la beauté de son projet qui finissait par la rendre elle-même très belle ou si c’est la beauté de son visage qui avait fini par rendre son projet attractif. 

Le vote de la soirée, les votes de demain ... 

Avant de se décharger de la pénible tâche d'annoncer les vainqueurs de l'édition 2021 du concours Miss Burundi 2021, lrvine Floréale Murame, la Présidente du Jury a livré un message impératif de félicitations et d'encouragement à toutes les quinze candidates. Car onze d'entre elles devaient rentrer bredouilles. Il ne faut pas s'y méprendre. Il y avait bien plus de candidatures séduisantes et prometteuses que j'en ai ici présentées. Au final, ce concours qui n'avait jamais été pour moi qu'une vanité, est bon à donner du baume au coeur, par ces temps de contraintes et d'infortunes, surtout dans l'entrepreneuriat. La soirée a couronné sa reine, Livya Thiana Iteka et ses deux dauphines. Qu'elles en soient félicitées. Lyvia a douze mois pour donner corps à son projet, qu'il faut bien admettre illisible. Ce n'est pas non plus le moment, pour toutes les autres candidates, à tourner le dos à leurs projets respectifs. C'est peut-être même maintenant l'heure du vote qui compte le plus : celui du soutien de chacun de nous, et sous toutes formes qu'il nous plaira, à celles qui nous ont séduit, par leurs projets et par leur cœur et leur intelligence à les défendre. Mon soutien à Maitée, parti d'un choix subjectif et arbitraire, d'une futile fantaisie de footeux, il s'est mué, minute après minute, par sa force et sa grâce, en résolution de soutien qui commence par ce blogpost. Avec Saba Sabrina, elles représentent le Burundi et les sourires de demain. Je les soutiendrai et leur chercherai des soutiens, autant que je pourrai. 


Bujumbura, 11 avril 2021

Louis-Marie Nindorera 

Saturday, August 15, 2020

L'histoire d'un chirurgien sur l'impact gratifiant de la chirurgie plastique





Chaque matin, le Col Dr Charles Furaha se réveille avec le désir de changer encore une autre vie.

En tant que chirurgien plasticien, il a eu à faire de la restauration, de la reconstruction et de l'altération du corps humain. Les cas dont il s’occupe sont entre autres les abdominoplasties, les liposuccions, les réductions mammaires, la thermocoagulation des points noirs du visage, etc…

Il fait cela depuis neuf ans, et prendre soin de ses patients et les voir contents est ce qui le soutient dans l’exercice de cette profession perplexe. 

Col. Charles Furaha :

« Rendre les gens heureux grâce à la chirurgie est très gratifiant et contribue beaucoup à rendre mon travail et ma vie plus faciles et plus réjouissants. »

Devenir chirurgien

Dr Furaha a adoré la chirurgie dès sa formation de premier cycle et il attribue cette passion à son intérêt pour la construction et la fabrication d'objets avec ses mains depuis son jeune âge.

Dr Furaha est le premier chirurgien plasticien au Rwanda. Photo offerte gracieusement.

Il pense que c’est le mélange en lui d’une dose d’ingénierie et d’art dans son esprit et l'amour pour la chirurgie qui l'ont attiré vers la chirurgie plastique comme profession.

« J'ai réalisé que c'était la spécialité qui correspondait le mieux à ma personnalité. »

Le chirurgien a reçu sa formation à l'Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud et travaille maintenant à plein temps à l'hôpital militaire du Rwanda.

Bien que la chirurgie plastique soit encore une chose relativement nouvelle au Rwanda, le médecin affirme qu'elle a jusqu'à présent été très bien accueillie par ses collègues et de nombreux patients car elle a apporté des réponses à de nombreux besoins jusqu'alors non satisfaits.

Actuellement, plus de 95% des actes chirurgicaux qu'il effectue sont des procédures de reconstruction (une opération visant à corriger une anomalie ou une déformation).

         Dr Furaha (C) lors d'une opération la semaine dernière. Photo offerte gracieusement

Il fait également des opérations de chirurgie esthétique, mais il précise qu’elles sont encore peu nombreuses, bien qu'il espère pouvoir en faire un peu plus dans un avenir proche. 

« Parmi les chirurgies reconstructives que je pratique, la plupart d'entre elles concernent le traitement des plaies difficiles, des brûlures, des fentes labiales et palatines, la reconstruction des parties du corps excisées par les chirurgies cancéreuses ou les blessures post-traumatiques », révèle-t-il.

Son opération la plus difficile à ce jour consista à réimplanter une main coupée par une machine. Il lui fallut plus de 12 heures pour le faire.

Alors que reconstruire un corps humain est risqué, le médecin soutient que pour assurer de bons résultats, il faut de la précision et un dévouement à la perfection.

« Reconstruire le corps de quelqu'un n'est pas plus risqué que tout autre type de chirurgie majeure. Comme dans n'importe quel domaine de la vie, pour obtenir d'excellents résultats, il faut planifier à l'avance, savoir ce qu'on fait et avoir la volonté de le faire de son mieux », note-t-il.

La chirurgie plastique est plus qu'une tendance 

Les gens souhaitent toujours paraître aussi avantageusement qu’ils le peuvent pour de nombreuses raisons. Parfois même pour des raisons auxquelles beaucoup de gens ne penseraient pas, comme se donner les meilleures chances de garder leur emploi le plus longtemps possible, explique le chirurgien.

Dr Furaha pense que si la chirurgie plastique consiste davantage à donner une belle apparence à une personne, elle la redynamise et lui donne confiance en elle-même.

« Comment pensez-vous qu'un garçon à la poitrine mamellée se sent ? À quel point se sentirait-il revigoré si la possibilité lui était offerte de subir une intervention chirurgicale qui lui donnerait la même poitrine plate que ses semblables ? Les malformations congénitales et acquises peuvent être très stressantes pour un être humain. Les corriger s'accompagne généralement d'un soulagement et d'une satisfaction pour le patient », dit-il.

« Le nec plus ultra pour moi c’est la correction des fentes labiales. La majorité des enfants ayant une fente labiale non corrigée n'iront pas à l'école et même s'ils y vont, le risque est grand qu’ils la détestent et n’arrivent pas à étudier comme il faut à cause des brimades des autres écoliers. Chaque fois que je corrige la fente labiale d'un bébé, je sais que je lui délivre un passeport pour aller à l'école ainsi qu’une opportunité d'être le meilleur qu’il ou elle puisse être dans son avenir. C'est dopant ! Soit dit en passant, les actes chirurgicaux sur les fentes labiales et palatines sont gratuits pour les patients à l'hôpital militaire du Rwanda. »

Selon le docteur, les interventions chirurgicales esthétiques les plus populaires dans le monde sont l'augmentation mammaire, la liposuccion, l'abdominoplastie, le remodelage du nez et la vaginoplastie.

Le médecin encourage ceux qui souhaitent subir ces opérations de faire le pas et leur assure des tarifs abordables pour le service. Il affirme que le coût de ces chirurgies est assez similaire à celui des opérations pratiquées dans d'autres domaines de la chirurgie. 

« Les gens pensent à tort que la chirurgie plastique est très chère uniquement à cause du battage médiatique qui l'entoure dans l'industrie du showbiz. Même aux États-Unis, les neurochirurgiens, les chirurgiens orthopédistes et les cardiologues sont susceptibles de gagner plus que les chirurgiens plasticiens. »

Les effets secondaires possibles

Les cicatrices chirurgicales sont très courantes en chirurgie plastique et peuvent parfois mal tourner. Néanmoins, le médecin souligne qu'il n'y a pas de chirurgie ou de traitement en général sans risques de complications. 

Il ajoute que l'essentiel est de savoir qu'ils peuvent arriver, d'avertir le patient avant la chirurgie et de faire de son mieux en tant que chirurgien pour les éviter.

Selon lui, à l’exception des enfants, n'importe qui, à condition de le faire pour les bonnes raisons, peut subir une opération de chirurgie esthétique s'il n'y a pas d’antécédent médical sous-jacent qui empêcherait qu’elle puisse être exécutée en toute sécurité.

Son travail va de pair avec l’intégrité, et il essaie de parler à ses patients pour s'assurer qu'ils ne modifient pas leur corps pour des motifs imprudents.

« Étrangement, certaines personnes peuvent vouloir subir une chirurgie esthétique pour tenter de renouer une relation brisée ou en voie de l'être. C'est la pire raison pour vouloir modifier son corps et si je le détecte lors de ma conversation avec un patient potentiel, je fais tout pour éviter de faire cette intervention. »

L'avenir de la chirurgie plastique 

En tant que premier chirurgien plasticien au Rwanda et à présent l'un des deux sur place, le Dr Furaha dit qu'il ne peut pour l'instant se permettre de se spécialiser dans un domaine spécifique de la chirurgie plastique. Il fait un peu de tout pour pouvoir répondre à la variété des besoins de ses différents patients. 

Ce n'est que lorsque le pays aura des dizaines de chirurgiens plasticiens qu'ils pourront affiner leur champ d'expertise dans les différents domaines de la chirurgie plastique.

En termes d’avancement pour cette profession, il espère vraiment que l’ingénierie tissulaire deviendra une chose courante à l’avenir et que les gens pourront faire pousser des parties du corps à partir de leurs propres cellules dans les laboratoires. 

« Cela donnera l’occasion de remplacer les parties du corps perdues ou malades par des parties issues de culture qui seront 100% compatibles avec le corps du patient. »

Par Donah Mbabazi   dmbabazi@newtimesrwanda.com




Tuesday, June 16, 2020

Les deux tours de Babel, Octobre 2001

https://www.liberation.fr/tribune/2001/10/03/les-deux-tours-de-babel_379055

Burundi.Faut-il se laisser séduire par "Hélène et les garçons" ? Février 2005

https://www.courrierinternational.com/article/1998/05/06/faut-il-se-laisser-seduire-par-helene-et-les-garcons