Friday, March 11, 2022

Miganda, entre autobiographie et essai d’anthropologie culturelle

Miganda, entre autobiographie et essai d’anthropologie culturelle 

Au lendemain d’un café littéraire tenu à l’honneur du livre « Trésors du Burundi ancestral » de Perpétue Miganda, un lecteur saisonnier, Louis-Marie Nindorera, nous en livre une recension admiratrice


En 2017, cet ouvrage parut avec la discrétion et le détachement d’une jeune fille en mvutano qui se rendrait à une répétition de danse traditionnelle, en se frayant son chemin au milieu d’un rassemblement politique. Cette année-là, écrire sur la culture et les traditions rundi allait à rebours du climat d’alors, tendu et toxique.
Tout présageait plutôt la publication de brûlots politiques aussi fâchés, clivés et irraisonnés que les esprits du moment. Pour moi, acheter ce livre relevait donc plus d’un acte de résistance politico-culturelle, en revendiquant le droit de la culture rundi à exister et prospérer au-delà des contingences du moment. Le lire pour apprendre était secondaire.

Et de fait, je ne l’ai lu qu’il y a un mois, soit cinq ans après l’avoir acheté, prêté et perdu ! Ce fut pourtant un petit régal que de remonter les souvenirs de l’auteure.

De premier abord, par son titre racoleur, sa superbe jaquette et ses diverses illustrations, le livre a l’allure suspecte d’un produit de marketing touristique camouflé en essai d’anthropologie culturelle. À mon agréable surprise, ses premières pages découvrent un genre hybride, à la croisée de l’autobiographie et de l’essai d’anthropologie culturelle. Et l’un nourrit l’autre.
Le récit de vie de Perpétue n’aurait eu ni intérêt ni saveur particulière, sans éclairages sur le savoir et les croyances traditionnels qui la maintinrent en vie et façonnèrent sa personne. Quant aux faits d’anthropologie culturelle dont ce livre est émaillé, ils auraient eux-mêmes été ennuyeux à lire s’ils n’avaient habilement été moulus et dissous dans le récit de vie d’une famille, d’une communauté pour comprendre leur manière de se souder et ressouder à travers bonheurs et tragédies, par ces savoirs anciens et ces pratiques sociales qui avaient des fonctions et faisaient leur preuve.

Née en 1958 à Karambi (Mwaro), un petit coteau logé dans une « contrée de monts et vallées verdoyants », Perpétue est la dixième d’une fratrie qui, avant elle, avait déjà perdu cinq de ses membres, précocement. Elle vint au monde après trois naissances qui tournèrent court. Les deux premiers enfants d’Aloys Miganda et Elisa Baricako, ses parents, ne vécurent pas non plus.
Ainsi, les Burundais savaient assez des hauts et bas communs de leur vie pour convenir de règles essentielles de cohésion familiale et cohabitation communautaire pacifique et harmonieuse.
Plutôt que d’énoncer ces règles telle une charte, l’auteure les fait transparaître à travers une litanie de récits anecdotiques et prosaïques relatant le quotidien de sa famille et de sa communauté, sous la bienveillance légendaire prêtée au Prince Karabona et la toute-puissance protectrice de Dieu.

Les veillées familiales, les fêtes et leur protocole soigné, la méticuleuse préparation des mets et des boissons, l’union des familles du déchirement des départs à la visite des jeunes foyers, etc. tout y passe. C’est dans ces récits réels de vie que des mots, des adages, des chants, des contes sont expliqués, replacés dans leur contexte, redécouverts dans leurs sens originels. Mais tous ces récits auraient quand même formé un amas indigeste de savoirs si Perpétue n’avait pas « humanisé » son œuvre avec son art de décrire les divers sentiments des acteurs de son livre, entre tristesses, colères, détresse, incrédulités, orgueil, etc.
Au final, son travail partage une somme de connaissances qui s’appréciera et s’assimilera selon les besoins du moment de chacun. La quatrième et dernière partie du livre prend la tournure abrupte d’un plaidoyer mille fois légitime pour le retour à certaines valeurs d’antan.

Toutefois, cet épilogue fait contraste avec les trois premières parties du livre, par le changement radical du registre d’écriture et la construction quelque peu sommaire de son argumentaire.
Qu’à cela ne tienne, dans son propre style, Perpétue Miganda, avec ses « Trésors du Burundi ancien », s’ajoute à la lignée d’autres auteurs burundais, comme Joseph Cimpaye et Michel Kayoya qui écrivirent à la mémoire et au respect des valeurs rundi. A l’image de Kayoya qui fonda en 1963 un « centre culturel du Buyogoma », Perpétue Miganda a créé à Karambi, sur sa colline natale, un espace éco-culturel « Kwa Miganda » pour promouvoir ce retour aux sources qu’elle prône.

En soi, c’est rassurant de savoir qu’un demi-siècle plus tard, Kayoya, Ntahokaja et d’autres font toujours des émules. A n’en pas douter, Perpétue elle-même fera les siens, qui existent déjà dans sa propre progéniture !

Sunday, April 11, 2021

Maïtée, Sabrina

Les sourires de demain


Miss, Dismiss …

J'ai toujours été indifférent aux concours de Miss. J'en entends régulièrement parler mais chaque nouvelle édition est logée dans les neurones désactivées de mon cerveau, où elle végètera sans jamais le troubler. Les rares fois où il arrivait à mon esprit de cogiter sur ces "concours de beauté", c'était pour protester à l’idée que loin des feux de la rampe, il n’existe aucune arène, aucune chance de briller qui soit accordée à la beauté féminine sans fard, enfouie sous les crasses de la pauvreté, transfigurée par la fatigue et la violence. Sheja a raison : « Toutes-les-femmes-sont-belles ! »

L’appel de la colline

Sauf qu'à cette soirée de finale du concours Miss Burundi édition 2021, c'était bien moi qui, quatre heures et demie durant, resta vautré dans mon fauteuil, à suivre le gala. J’aurais bien voulu mettre ça sur le compte de la curiosité scientifique. Mais l’honnêteté consiste à dire qu’il s’agissait davantage de l’appel de la colline (agatumba) : Ange Maïtée Niteka, qui n’était encore qu’un bout d’humain quand je la connus, était de l’édition Miss Burundi 2021! Pendant neuf ans (2001-2009), mon ménage vécut à un jet de pierre de sa demeure familiale, à Kinanira III. Sa maman et sa grande sœur aimaient bien notre petite famille et nous le leur rendions avec le même plaisir. Quand Maïtée eut appris à mettre un pied devant l’autre, elle se mit à accompagner sa grande soeur, Béchou, une taciturne au cœur d'or, qui de temps en temps venait chez nous pour toujours en repartir, sans avoir pippé le moindre mot! Béchou n'ouvrait la bouche que pour fermer celle de Maïtée. 

Maïtée

Six jours avant la finale, mon premier acte de vote (par téléphone) à un concours de Miss, je l'avais donc accompli en faveur de Maïtée, sans hauteur philosophique ni objectivité, comme ces actes de fidélité à un club de foot que vous renouvelez depuis des temps immémoriaux sans plus vous souvenir pourquoi. 

Le grand soir de la finale venu, avec Titi, mon épouse, nous nous sommes affalés dans un sofa devant notre télévision, à attendre que l'organisation du concours daigne appeler Maïtée devant le jury, de préférence plus vite que n'arrive le sommeil chez un couple de pantouflards quinquagénaires. Quand elle finit par apparaître après deux heures et onze candidates, la soirée avait déjà eu assez de mini-drames pour me tenir éveillé, mais pas assez pour mon épouse qui somnolait depuis une demi-douzaine d'interviews de candidates. Mais Titi  recouvra l'essentiel de ses esprits pour écouter notre seule connaissance du lot des quinze jeunes nymphes. 

Maïtée fut époustouflante de confiance, de détermination, d'éloquence et de perspicacité. A 20 ans, elle ne fit aucun mystère de sa "passion" pour ... la politique (!), une sphère dont les jeunes sont de plus en plus nombreux à se détourner, par résignation, sécurité ou frilosité. Et pour en parler et proposer un projet dans ce champ, elle a choisi le thème du chômage des jeunes. Maïtée a partagé de courts et poignants récits de luttes de jeunes, qui survivent de petits emplois, bien en-deça de leurs qualifications universitaires. Son projet ? Une application de smartphone pour mettre à la disposition des jeunes une plateforme de rencontre entre des diverses offres du marché du travail et la demande d'emploi de ces jeunes. Leurs CV et leurs compétences seraient rendus accessibles sur la plateforme. Si mon application parvenait à donner un emploi à deux cents jeunes, conclut-elle, je serais comblée. De toute la soirée, c'était le seul projet, à ma connaissance, qui semblait conçue pour être portée par l'intérêt réciproque  que toutes les parties - employeur, employé - y trouveraient. 

La présentation et les échanges de chacune des quinze candidates avec le jury autour des projets qu'elles tenteraient de mener à bien pendant les douze mois de leur "règne" de miss, si elles étaient élues, n'étaient pas la seule épreuve notée du concours. Néanmoins, elle était assurément la plus révélatrice de leur perspicacité et de leur potentiel d'actrices de changement. J'ai eu vent qu'à chaque édition du concours, les candidates étaient regroupées et logées quelques jours ensemble, là où elles recoivent un coaching et des formations, notamment sur l'élaboration de projets. A une exception près, de surcroît notable, toutes les candidates de cette édition 2021 portaient des projets assez réfléchis et détaillés, mais souvent irréalistes et démesurés au vu du temps, des moyens et de la multitude des concours externes qu'ils requerraient. Maïtée n'a pas choisi le plus simple de tous mais un des plus abordables, avec le moins de contingences externes dont dépendre. Son énoncé et sa diction étaient aussi limpides que sa vision du projet.

Saba Sabrina

Le hasard voulut que coup sur coup, arrivent ce qui furent pour moi les deux plus belles performances de la soirée. Juste après Maïtée, le jury appela Saba Sabrina Nsabimana. Elle fut la seule à proposer un projet conçu pour financièrement s'auto-régénérer : des prisonniers formant des unités de production agricole insérées dans un circuit de commerce et générant des bénéfices pour se nourrir eux-mêmes et nourrir des enfants, libérés d'orphelinat. La matérialisation de ce projet poserait sans doute bien plus de problèmes que Sabrina n'en a exposés dans sa présentation théorique. Comme quelques autres candidates avant elles, son projet naît d’une expérience personnelle, son rôle précoce de mère de substitution, pour ses quatre petits frères. Saba Sabrina avait l’élocution aussi fluide que sa pensée. A la fin, le jury s’est peut-être perdu, comme moi, à se demander si c’est la beauté de son projet qui finissait par la rendre elle-même très belle ou si c’est la beauté de son visage qui avait fini par rendre son projet attractif. 

Le vote de la soirée, les votes de demain ... 

Avant de se décharger de la pénible tâche d'annoncer les vainqueurs de l'édition 2021 du concours Miss Burundi 2021, lrvine Floréale Murame, la Présidente du Jury a livré un message impératif de félicitations et d'encouragement à toutes les quinze candidates. Car onze d'entre elles devaient rentrer bredouilles. Il ne faut pas s'y méprendre. Il y avait bien plus de candidatures séduisantes et prometteuses que j'en ai ici présentées. Au final, ce concours qui n'avait jamais été pour moi qu'une vanité, est bon à donner du baume au coeur, par ces temps de contraintes et d'infortunes, surtout dans l'entrepreneuriat. La soirée a couronné sa reine, Livya Thiana Iteka et ses deux dauphines. Qu'elles en soient félicitées. Lyvia a douze mois pour donner corps à son projet, qu'il faut bien admettre illisible. Ce n'est pas non plus le moment, pour toutes les autres candidates, à tourner le dos à leurs projets respectifs. C'est peut-être même maintenant l'heure du vote qui compte le plus : celui du soutien de chacun de nous, et sous toutes formes qu'il nous plaira, à celles qui nous ont séduit, par leurs projets et par leur cœur et leur intelligence à les défendre. Mon soutien à Maitée, parti d'un choix subjectif et arbitraire, d'une futile fantaisie de footeux, il s'est mué, minute après minute, par sa force et sa grâce, en résolution de soutien qui commence par ce blogpost. Avec Saba Sabrina, elles représentent le Burundi et les sourires de demain. Je les soutiendrai et leur chercherai des soutiens, autant que je pourrai. 


Bujumbura, 11 avril 2021

Louis-Marie Nindorera 

Saturday, August 15, 2020

L'histoire d'un chirurgien sur l'impact gratifiant de la chirurgie plastique





Chaque matin, le Col Dr Charles Furaha se réveille avec le désir de changer encore une autre vie.

En tant que chirurgien plasticien, il a eu à faire de la restauration, de la reconstruction et de l'altération du corps humain. Les cas dont il s’occupe sont entre autres les abdominoplasties, les liposuccions, les réductions mammaires, la thermocoagulation des points noirs du visage, etc…

Il fait cela depuis neuf ans, et prendre soin de ses patients et les voir contents est ce qui le soutient dans l’exercice de cette profession perplexe. 

Col. Charles Furaha :

« Rendre les gens heureux grâce à la chirurgie est très gratifiant et contribue beaucoup à rendre mon travail et ma vie plus faciles et plus réjouissants. »

Devenir chirurgien

Dr Furaha a adoré la chirurgie dès sa formation de premier cycle et il attribue cette passion à son intérêt pour la construction et la fabrication d'objets avec ses mains depuis son jeune âge.

Dr Furaha est le premier chirurgien plasticien au Rwanda. Photo offerte gracieusement.

Il pense que c’est le mélange en lui d’une dose d’ingénierie et d’art dans son esprit et l'amour pour la chirurgie qui l'ont attiré vers la chirurgie plastique comme profession.

« J'ai réalisé que c'était la spécialité qui correspondait le mieux à ma personnalité. »

Le chirurgien a reçu sa formation à l'Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud et travaille maintenant à plein temps à l'hôpital militaire du Rwanda.

Bien que la chirurgie plastique soit encore une chose relativement nouvelle au Rwanda, le médecin affirme qu'elle a jusqu'à présent été très bien accueillie par ses collègues et de nombreux patients car elle a apporté des réponses à de nombreux besoins jusqu'alors non satisfaits.

Actuellement, plus de 95% des actes chirurgicaux qu'il effectue sont des procédures de reconstruction (une opération visant à corriger une anomalie ou une déformation).

         Dr Furaha (C) lors d'une opération la semaine dernière. Photo offerte gracieusement

Il fait également des opérations de chirurgie esthétique, mais il précise qu’elles sont encore peu nombreuses, bien qu'il espère pouvoir en faire un peu plus dans un avenir proche. 

« Parmi les chirurgies reconstructives que je pratique, la plupart d'entre elles concernent le traitement des plaies difficiles, des brûlures, des fentes labiales et palatines, la reconstruction des parties du corps excisées par les chirurgies cancéreuses ou les blessures post-traumatiques », révèle-t-il.

Son opération la plus difficile à ce jour consista à réimplanter une main coupée par une machine. Il lui fallut plus de 12 heures pour le faire.

Alors que reconstruire un corps humain est risqué, le médecin soutient que pour assurer de bons résultats, il faut de la précision et un dévouement à la perfection.

« Reconstruire le corps de quelqu'un n'est pas plus risqué que tout autre type de chirurgie majeure. Comme dans n'importe quel domaine de la vie, pour obtenir d'excellents résultats, il faut planifier à l'avance, savoir ce qu'on fait et avoir la volonté de le faire de son mieux », note-t-il.

La chirurgie plastique est plus qu'une tendance 

Les gens souhaitent toujours paraître aussi avantageusement qu’ils le peuvent pour de nombreuses raisons. Parfois même pour des raisons auxquelles beaucoup de gens ne penseraient pas, comme se donner les meilleures chances de garder leur emploi le plus longtemps possible, explique le chirurgien.

Dr Furaha pense que si la chirurgie plastique consiste davantage à donner une belle apparence à une personne, elle la redynamise et lui donne confiance en elle-même.

« Comment pensez-vous qu'un garçon à la poitrine mamellée se sent ? À quel point se sentirait-il revigoré si la possibilité lui était offerte de subir une intervention chirurgicale qui lui donnerait la même poitrine plate que ses semblables ? Les malformations congénitales et acquises peuvent être très stressantes pour un être humain. Les corriger s'accompagne généralement d'un soulagement et d'une satisfaction pour le patient », dit-il.

« Le nec plus ultra pour moi c’est la correction des fentes labiales. La majorité des enfants ayant une fente labiale non corrigée n'iront pas à l'école et même s'ils y vont, le risque est grand qu’ils la détestent et n’arrivent pas à étudier comme il faut à cause des brimades des autres écoliers. Chaque fois que je corrige la fente labiale d'un bébé, je sais que je lui délivre un passeport pour aller à l'école ainsi qu’une opportunité d'être le meilleur qu’il ou elle puisse être dans son avenir. C'est dopant ! Soit dit en passant, les actes chirurgicaux sur les fentes labiales et palatines sont gratuits pour les patients à l'hôpital militaire du Rwanda. »

Selon le docteur, les interventions chirurgicales esthétiques les plus populaires dans le monde sont l'augmentation mammaire, la liposuccion, l'abdominoplastie, le remodelage du nez et la vaginoplastie.

Le médecin encourage ceux qui souhaitent subir ces opérations de faire le pas et leur assure des tarifs abordables pour le service. Il affirme que le coût de ces chirurgies est assez similaire à celui des opérations pratiquées dans d'autres domaines de la chirurgie. 

« Les gens pensent à tort que la chirurgie plastique est très chère uniquement à cause du battage médiatique qui l'entoure dans l'industrie du showbiz. Même aux États-Unis, les neurochirurgiens, les chirurgiens orthopédistes et les cardiologues sont susceptibles de gagner plus que les chirurgiens plasticiens. »

Les effets secondaires possibles

Les cicatrices chirurgicales sont très courantes en chirurgie plastique et peuvent parfois mal tourner. Néanmoins, le médecin souligne qu'il n'y a pas de chirurgie ou de traitement en général sans risques de complications. 

Il ajoute que l'essentiel est de savoir qu'ils peuvent arriver, d'avertir le patient avant la chirurgie et de faire de son mieux en tant que chirurgien pour les éviter.

Selon lui, à l’exception des enfants, n'importe qui, à condition de le faire pour les bonnes raisons, peut subir une opération de chirurgie esthétique s'il n'y a pas d’antécédent médical sous-jacent qui empêcherait qu’elle puisse être exécutée en toute sécurité.

Son travail va de pair avec l’intégrité, et il essaie de parler à ses patients pour s'assurer qu'ils ne modifient pas leur corps pour des motifs imprudents.

« Étrangement, certaines personnes peuvent vouloir subir une chirurgie esthétique pour tenter de renouer une relation brisée ou en voie de l'être. C'est la pire raison pour vouloir modifier son corps et si je le détecte lors de ma conversation avec un patient potentiel, je fais tout pour éviter de faire cette intervention. »

L'avenir de la chirurgie plastique 

En tant que premier chirurgien plasticien au Rwanda et à présent l'un des deux sur place, le Dr Furaha dit qu'il ne peut pour l'instant se permettre de se spécialiser dans un domaine spécifique de la chirurgie plastique. Il fait un peu de tout pour pouvoir répondre à la variété des besoins de ses différents patients. 

Ce n'est que lorsque le pays aura des dizaines de chirurgiens plasticiens qu'ils pourront affiner leur champ d'expertise dans les différents domaines de la chirurgie plastique.

En termes d’avancement pour cette profession, il espère vraiment que l’ingénierie tissulaire deviendra une chose courante à l’avenir et que les gens pourront faire pousser des parties du corps à partir de leurs propres cellules dans les laboratoires. 

« Cela donnera l’occasion de remplacer les parties du corps perdues ou malades par des parties issues de culture qui seront 100% compatibles avec le corps du patient. »

Par Donah Mbabazi   dmbabazi@newtimesrwanda.com




Tuesday, June 16, 2020

Les deux tours de Babel, Octobre 2001

https://www.liberation.fr/tribune/2001/10/03/les-deux-tours-de-babel_379055

Burundi.Faut-il se laisser séduire par "Hélène et les garçons" ? Février 2005

https://www.courrierinternational.com/article/1998/05/06/faut-il-se-laisser-seduire-par-helene-et-les-garcons

Pierre Nkurunziza ou le CNARED : Le Burundi entre deux suffisances, Septembre 2015

Depuis sa mise sur pied, le Conseil National pour le Respect de l'Accord d'Arusha et de l'État de Droit au Burundi (CNARED) communique et agit comme s'il ne s'adressait exclusivement qu'à une audience d'opposants acquis de manière aveugle au départ sans conditions de Pierre Nkurunziza de la présidence de la République. Invariable, le discours de ce Conseil s'enroule et s'enchaîne autour de l'unique pilier de l'inconstitutionnalité du troisième mandat présidentiel, squatté par Pierre Nkurunziza. Depuis le 26 août, fidèle à sa logique d'opposition très rhétoricienne, cette opposition ne tient d'ailleurs même plus ce dernier comme président de la République du Burundi.

Tranquille et insoucieux, le CNARED ne semble rien entreprendre qui démontre qu'il soit conscient qu'en face de lui, le public, y compris parmi les adversaires de Pierre Nkurunziza, forme un spectre éclectique d'individus et de groupes, de par leurs positions, leurs intérêts et leurs états d'âme. Plusieurs des sympathisants du CNARED se repaissent des discours et des déclarations contestataires de Léonard Nyangoma, Jérémie Minani et autres porte-voix de l'opposition. L'oreille cousue à "la Voix de l'Amérique" et à la "Radio Inzamba", ils se rechargent à l'actualité nourrie de la violence répressive du régime, des revers et des impairs de sa diplomatie et des imprécations périodiques du Conseil, monté de bric et de broc avec des acteurs issus des partis d'opposition et de la société civile. Hier, les masses lancées dans la contestation de rue se recrutait dans ce vivier. La verve légaliste et hargneuse de l'opposition galvanisait la troupe, l'envoyant chaque jour au casse-pipe et, pour près d'une centaine d'entre eux, à la mort. Les reporters de presse filmaient, photographiaient, interviewaient, transportant leur témérité et leur cause aux quatre coins d'un monde solidaire. Le discours public de l'opposition politique burundaise, taillé pour la presse, donc simple, ponctuait ces reportages et la méthode fit recette. Mais aujourd'hui, ceux qui bravaient dans la rue des policiers tirant à balles réelles, se sont tassés sous la lourde chape de plomb coulée par l'appareil répressif. D'autres poursuivent le combat en mode incisif et satirique derrière leurs claviers, à travers les réseaux sociaux. L'actualité burundaise s'étant vidée de ses récits épiques, la presse internationale s'est déployée sur d'autres fronts plus mouvementés. La presse privée nationale est muselée. Mais le discours des partis d'opposition politique, lui, reste inchangé, toujours aussi simplet, comme s'il s'adressait toujours à une presse qui n'est pourtant plus là ou aux manifestants, qui ont déserté les rues.

Il est difficile d'imaginer le CNARED devenir le fer de lance d'un mouvement qui parviendra efficacement à rapprocher le Burundi d'une solution pacifique et consensuelle tant qu'il aura si peu d'égards envers :

1) les supporters et les 1.961.510 électeurs présumés (statistiques officielles) de Pierre Nkurunziza, eux-mêmes partagés entre, (a) d'un côté, les écorchés vifs des longues dominations et répressions tutsi (1972, 1988, 1993-1996), constamment dans leurs tranchées à guetter et à voir en tout mal, d'où qu'il surgisse, les agressions fatales d'une "minorité nostalgique et revancharde", et (b) de l'autre, des citoyens modérés ou passifs et retournables ;

2) les Burundais hostiles à la reconduite de Pierre Nkurunziza mais soucieux de ne pas être instrumentalisés par une opposition, opportuniste et peut-être elle-même en partie sectaire, qui n'a absolument rien démontré de la valeur ajoutée potentielle qu'elle représente pour un Burundi post-Nkurunziza meilleur, avec ou sans le CNARED, avec ou sans le CNDD-FDD;

3) les chancelleries occidentales et les institutions intergouvernementales politiques ou financières sous leur influence (ONU, Union Européenne, Banque Mondiale, FMI, etc.) : Dans une sous-région fertile en dépassement de mandats présidentiels, elles se retrouvent coincées entre les contradictions de leurs positions et leur antipathie à l'égard d'un homme, Pierre Nkurunziza qui, sur le plan des attitudes et des aptitudes personnelles, représente à leurs yeux l'antithèse du leadership moderne, qu'il soit de l'école de la démocratie ou de celle du développement. Ces chancelleries rejoignent les Burundais perplexes sur l'alternative que représente cette opposition qui ne propose aucune voie de compromis bancable. Disposées au compromis entre Burundais, elles veulent vite remettre sur selle une coopération sans avoir de rattrapage coûteux à faire sur des concurrents bilatéraux, telle la Chine qui ne s'épuise pas en considérations byzantines pour rempiler avec les pouvoirs établis, fussent-ils bien ou mal réélus ; 

4) la diplomatie continentale et régionale africaine qui, faute d'habilitation à donner des leçons en matière de respect des Constitutions, attend désespérément des propositions de résolution du conflit tirées ou inspirées des théories consociationalistes, développementalistes, etc.

Après s'être obstiné à forcer son passage vers les élections et son maintien au pouvoir, Pierre Nkurunziza se retrouve aujourd'hui dans un isolement diplomatique sans précédent dans les annales du Burundi. Qu'à cela ne tienne, il double les promesses mirifiques de développement, malgré des capacités à mobiliser des ressources qui s'annoncent plus compliquées que jamais. Face à lui, le CNARED s'enferme dans son Église du réveil, ensommeillante, sur l'inconstitutionnalité du mandat de Pierre Nkurunziza. Occupé à répéter en boucle l'illégalité du mandat et de la position officiels de Pierre Nkurunziza, le CNARED a tort de se croire lui-même dispensé du devoir de convaincre de sa propre légitimité. Pour l'heure, sa "vision" du changement semble être limitée à celle qui doit impérativement se faire sur le trône. Son appel au changement, à "l'alternance" prend dès lors les airs d'un appel à une simple rotation des privilèges. 

Au-delà de la rhétorique juridique et du réquisitoire sur les violations des droits de l'homme - qui n'émouvront pas le médiateur ougandais, Yoweri Museveni, vétéran des mêmes pratiques - le "livre blanc" du CNARED contre le régime du CNDD-FDD est précisément blanc. Entre, d'un côté un Pierre Nkurunziza, isolé et obstiné dans sa marche solitaire, et de l'autre, un CNARED, figé dans une position qui ne lui vaut que le soutien d'inconditionnels sans apport de dividendes, le Burundi patauge. Quoi qu'ils clament, Pierre Nkurunziza et ses associés savent que leur position confine le pays dans l'impasse et des régressions en tous genres. Le CNARED, lui, n'a pas l'air de se rendre compte des impasses de son jeu et de son propre isolement. Tout se passe un peu comme s'il s'était convaincu, à tort, qu'il est automatiquement renforcé chaque fois qu'un nouveau fait d'actualité vient affaiblir la position de Pierre Nkurunziza. 

Dans la spontanéité des protestations de rue des mois de mai et juin 2015 et la répression brutale et médiatisée qu'elles entraînèrent, des voix s'élevèrent de tous les continents pour demander, une nouvelle fois, à Pierre Nkurunziza de renoncer à sa candidature pour un troisième mandat présidentiel. Les partis d'opposition, par rejet sincère du "système DD" ou par pure opportunisme, saisirent la balle au bond, réclamant à tue-tête le renoncement de Pierre Nkurunziza. La stratégie de l'opposition s'enraye à ce stade depuis plus de 120 jours. 

Pour espérer fédérer au-delà des auditeurs dévoués de "radio Inzamba" et des artilleurs de Facebook et Twitter, les ténors du changement devraient davantage s'affirmer en source de vision et en force de proposition, si tant est qu'ils aient une vision et des propositions à faire. Ils devraient s'efforcer de donner un contenu clair et détaillé à l'agenda qu'ils proposent pour le dialogue politique, qui aille au-delà du simple départ de Pierre Nkurunziza. 

Les dix années de pouvoir de ce dernier laissent derrière lui une nébuleuse informe de citoyens aujourd'hui divisés sur des clivages factices. Les acteurs prétendant représenter une alternative crédible à Nkurunziza doivent prouver à leurs concitoyens leurs connaissances et leur compréhension des défis et des épreuves de leur quotidien. Mieux, ils doivent les convaincre qu'ils peuvent sortir du fatalisme et de l'immobilisme auxquels on les accoutume et résigne, ce en les éveillant au potentiel en eux-mêmes pour défier les problèmes qui s'abattent sur eux, d'un bout à l'autre des journées, des mois, des années et des générations. Des acteurs déterminés à porter ce changement doivent prouver leur capacité à construire et articuler clairement leur vision spécifique des changements et des mesures politiques et économiques spécifiques nécessaires pour le Burundi. Ils doivent aussi pouvoir déconstruire avec la même clarté les impasses et les perversions rédhibitoires du régime qu'ils combattent. Gagner leur légitimité commence par cette communion dans la vie du peuple au nom duquel ils prétendent vouloir prendre le pouvoir. En ultime étape, elle doit impérativement se consacrer dans les urnes. Le dialogue, prôné par tous (Union Africaine, EAC, ONU, etc.), doit se construire autour d'un énoncé clair des pratiques et des systèmes de gouvernance à mettre sur place et des mesures transitoires et conséquentes à prendre pour que le quotidien de l'État et des citoyens burundais eux-mêmes soit rapidement affranchi des pratiques obscures qui minent tout. Elles désagrègent jusqu'aux conditions d'un scrutin qui donne réellement le libre choix aux Burundais de donner leurs voix aux députés, aux sénateurs et au Chef de l'État qui offrent à leurs yeux le plus de garanties d'une vie et d'une citoyenneté meilleures. Tout cela est-il possible dans un compromis politique qui sauve la face de chaque partie ?

Burundi : Exproprier, un marché lucratif ? Juillet 2015

En 2012, J.T. s'est fait exproprier une parcelle par l'Etat pour permettre la construction d'un nouveau palais présidentiel à Gatunguru, au Nord de Bujumbura. Après une lutte vaine pour empêcher l'expropriation, elle se résigna à accepter le paiement d'une indemnité, calculée sur base d'un tarif dérisoire au mètre carré. A une étape avancée du processus de paiement, un cadre de la direction générale de l'Urbanisme chargé des opérations de compensation/indemnisation la trouva à son domicile pour lui proposer une accélération de la procédure en contrepartie d'un bakchich. J.T. refusa tout net : "Vous me donnez une indemnité de misère. A présent, je dois la partager avec vous ?" Un mois plus tard, elle apprenait que son indemnité avait été versée à quelqu'un d'autre "par erreur". De surcroît, les services de l'Urbanisme, responsables de l'erreur, lui demandèrent de courir elle-même après l'individu ayant encaissé son dû afin de le récupérer ! 

Finalement, le gouvernement admit son "erreur" et cette année 2015, il a voté un budget avec un litera pour indemniser les derniers cas non réglés d'expropriation sur le site de Gatunguru, dont celui de J.T. Générosité ? Mercredi 29 juillet 2015, J.T. se présente au service de la comptabilité de la Direction générale de l'Urbanisme, au bureau n° 615 du 6ème et dernier étage du bâtiment qui abrite le Ministère : "Je m'appelle J.T. et je viens réclamer mon dû." L'agente du service comptable est abasourdie. "Vous avez dit que vous êtes qui ?" J.T. répète son nom. Là-dessus, la représentante du Ministère se tourne vers une autre dame, XY, assise dans la même pièce : "Et vous, vous êtes qui encore ?". Sa carte d'identité indique qu'elle porte le même nom que J.T, qu'elle a un père et une mère aux mêmes noms que ceux de J.T. Ce n'est pas tout. XY détient même tous les documents (extrait du plan cadastral de la propriété expropriée, lettres au Ministre, lettre du Ministre, lettre du Procureur, etc.) que J.T. avait remis au Ministère. Au bout de quelques questions posées à son endroit par la préposée du Ministère, XY, perdue dans le fil tortueux de ses mensonges improvisés, finit par s'emmurer dans un silence coupable, consciente de l'impasse. Elle détient une fausse carte d'identité qu'elle a fait fabriquer dans le seul but de percevoir une indemnité réservée à quelqu'un d'autre. Manifestement, elle a obtenu les documents de J.T. avec la complicité de quelqu'un du Ministère qui y a accès. Sur place, le service de comptabilité tranche en faveur de J.T. Mais J.T. ne sait toujours pas si un jour, elle se fera payer cette indemnité, si les ressources budgétisées pour l'indemniser ne tomberont pas en annulation à la révision budgétaire, si la procédure ne sera pas de nouveau détournée vers le compte de quelqu'un d'autre ou si quelqu'un du Ministère viendra encore lui demander un bakchich pour l' "aider". 

Une "petite erreur" peut cacher un mal beaucoup plus profond ...

Les années passent et l'Etat burundais a de moins en moins de terres. Depuis l'époque coloniale, personne n'a jamais tenu de compte à jour et précis des terres de l'Etat distribuées. Nul ne saurait dire quelle superficie totale des terres de l'Etat a été abusivement allouée, à qui, pourquoi. Un inventaire fait en 2001 estimait à seulement 141.445 hectares la superficie des terres de l'Etat encore libres et habitables. C'est approximativement la superficie de la province de Karusi. Qu'en reste-t-il, 14 ans plus tard, en 2015 ? Pour construire des routes, des écoles, des hôpitaux, des barrages, des lotissements résidentiels pour une population en croissance constante, cet Etat recourra de plus en plus souvent à l'expropriation, faute de terres dans son patrimoine. Il y aura de plus en plus de victimes et cela coûtera de plus en plus cher au contribuable burundais. Entre 2006 et 2012, le montant des crédits votés par l'Etat burundais pour indemniser les personnes expropriées a été multiplié par neuf (de 0,5 à 4,5 milliards FBu) ! C'est une raison plus que suffisante pour que la procédure d'expropriation soit gérée avec le plus de transparence et d'équité possibles. 

Au-delà du préjudice individuel subi par J.T., c'est ce qu'il indique comme permissivité et corruption chronique du "système" qui préoccupe. Si des "erreurs" comme celle subie par J.T. ont été rendues possibles, cela veut dire que bien d'autres similaires pourraient avoir été commises avant et continuent sans doute à l'être. En effet, jamais une explication crédible n'a été donnée pour expliquer l'erreur dont a été victime J.T. Pourtant, des mesures claires, simples et non coûteuses sont prévues dans la loi pour la procédure de paiement des indemnités, ce précisément afin d'empêcher les fraudes les plus grossières. Quand de telles procédures sont ignorées, elles ouvrent à des risques immenses de fraude. Si de surcroît, ignorer ces procédures est sans conséquence administrative ou pénale pour l'auteur, alors la suite est simple et prévisible. La procédure devient ignorée de manière délibérée et répétitive pour faire du profit illicite. Une usine à pomper les fonds publics sur le dos de personnes - déjà victimes d'expropriation - peut se mettre en place. Chaque année, les expropriations représentent, en indemnités, des centaines de millions voire des milliards de francs qui vont sur des comptes en suivant une procédure entachée d'opacité et d'irrégularités, comme le cas de J.T. le démontre. Sur 100 victimes d'expropriation, combien touchent entièrement leurs indemnités ? Combien les partagent avec des fonctionnaires véreux ? Combien de personnes perçoivent des indemnités pour des expropriations qu'elles n'ont jamais subies tandis que d'autres, comme J.T., attendront en vain d'être payées ? Comment le savoir ? Tant que le gouvernement burundais restera sourd aux appels à la transparence, de telles erreurs pourraient être répétées pour des années encore, délibérément. C'est pourtant le même gouvernement qui, ces sept dernières années, a accompli des avancées importantes dans les politiques foncières proclamées et les lois édictées. Mais toutes celles qui impliquent des concessions sur son système patrimonialiste occulte sont systématiquement sabotées.

Le fait est que personne ne semble soucieux de faire appliquer le code foncier dans ses exigences de transparence. La loi foncière (article 437) prévoit par exemple qu' "un répertoire général des terres expropriées et leur destination est dressé et conservé par l’autorité compétente". En quatre ans d'entrée en vigueur, jamais un tel répertoire n'a été publié. Qui va agir ? La société civile ? Depuis plus de cinq ans, des associations réclament plus de transparence dans le processus de gestion des expropriations, en vain. L'Ombudsman ? Face aux contentieux de plus en plus lourd des expropriations, il a lancé dans son rapport annuel de 2012 un appel afin que l'Assemblée nationale joue un rôle de contrôle de l'action gouvernementale en matière foncière qui soit plus préventif. Lui-même n'a pas été écouté. Jamais l'Assemblée nationale n'a commandité d'enquête, convoqué le Ministre en charge des Terres sur sa gestion globale du foncier. Les partis politiques d'opposition ? Bien que la question foncière soit un enjeu crucial au Burundi, aucun d'entre eux n'a jamais livré un diagnostic de la situation et des défis du secteur foncier, ni articulé une vision et un plan qui démontrent une bonne connaissance des expériences et des projets en cours et des corrections ou redressements qu'ils appellent. Plusieurs ténors de cette opposition sont même des prédateurs fonciers qui ont largement profité des largesses des systèmes antérieurs ! Qui alors ?

Avec un peu de chance, J.T. aura son dû, juste parce que le hasard a fait qu'elle se soit retrouvée dans le même bureau que son usurpatrice d'identité. Si elle est indemnisée, son ancienne propriété aura donc fait l'objet de deux paiements puisque celui qui, en 2012, reçut l'indemnité à sa place n'a jamais remboursé un franc au Trésor public. Personne n'enquêtera non plus pour identifier le fonctionnaire ou le réseau de fonctionnaires qui s'est peut-être construit pour prélever annuellement un pourcentage des centaines de millions des crédits d'indemnisation. Si J.T. obtient son dû, on dira qu'il n'y a pas eu mort d'homme, que son droit aura été respecté. Faute de défenseurs, les droits de l'Etat burundais, eux, seront passés par pertes et profits : ignorés, abandonnés !

Pendant ce temps, à Bujumbura, les échoppes ferment moins tôt. Le ronronnement des moteurs de véhicules et des groupes électrogènes se prolonge plus tard dans la soirée. Même les veillées funèbres concèdent davantage de temps à la solidarité aux morts, sous la malveillance de la nuit. Des boîtes de nuit rouvrent. Avec un peu de chance, peut-être que bientôt nous n'entendrons même plus de coups de feu ou d'explosions. Il n'y aura plus ni morts ni blessés par la violence politique. Hélas, le retour à la normalité, ce ne sont pas que ces signes ostensibles. Une autre "normalité", la mauvaise gouvernance, moins bruyante, toujours aussi dévastatrice, persiste à avancer, sans se laisser perturber ni par les manifestations de mai-juin 2015, ni par les élections de juin et juillet de la même année. Un processus électoral conduit avec respect pour ce qu'il aurait véritablement dû être, sans hold up, aurait pu être un tournant pour changer la réalité de cette mauvaise gouvernance, y compris par un CNDD-FDD requinqué par un nouveau leadership. Il n'en sera rien. Un simple jeu de chaises musicales : quelques nouvelles figures pour badigeonner les petites plaies. Le cancer de la corruption, lui, va métastaser. Quand J.T. se fait usurper son identité deux fois en trois ans pour se faire voler son indemnité d'expropriation, le Burundi, lui, se fait escroquer ses intérêts une fois tous les cinq ans, par des élections sans plus-value. L'UPRONA a gagné des élections. Le FRODEBU a gagné des élections. Le CNDD-FDD a gagné des élections. Quand est-ce que le Burundi gagnera une élection ?